Ville de Lumière - GOLD Le vent glissait sur la plage, dansant avec le sable qu'il envoyait tournoyer dans une valse sans fin. Je marchais à pieds nus sur la plage, perdu dans mes pensées. Tout semblait distant, les cris d'enfants se mêlaient à ceux de mouettes, le doux ronronnement de l'océan disparaissait dans la mer de ma conscience. Pas après pas, des châteaux de sable s'effondraient sous mes pieds, arrachant des cris de désespoir à leurs malheureux bâtisseurs, mais rien, rien de tout ceci ne m'arracha à mes rêveries.
Puis elle apparut, illusionellement belle. Elle semblait déesse parmi les mortels, étoile dans un ciel d'encre. Tout s'effaça, pour céder place à la volupté, et je restai figé devant le théâtre de la perfection. Ses pas légers caressaient la surface du sable, emportant quelques grains dorés dans un défilé de grâce et de magnificence. Ses cheveux sombres comme les nuits d'hiver flottaient au vent, tourbillon de velours. Jamais ils ne couvraient son visage, celui d'une femme qui a connu la vie sans jamais perdre sa jeunesse, gagnant en beauté à chaque tourment de l'existence. Les plis de sa robe, rouge, rouge comme ses lèvres plissées en un sourire mutin.
Et ses yeux et ses jambes, les mots n'y peuvent plus rien. Il n'y a que le rêve qui puisse donner ne serait-ce qu'un échantillon de cette perfection éphémère.
Puis, l'illusion disparut, dissoute dans l'immensité du monde, et la terne réalité s'offrit à mes yeux, telle une masse informe et grossière. Personne d'autre n'avait remarqué ce qui m'avait profondément bouleversé, changé. Et je restai échoué sur la plage, qui m'était devenue étrangère. Les goélands me narguaient de leurs cris, les humains me lançaient des regards condescendants, mais leur avis m'importait bien peu, alors que je naviguais vers d'autres contrées.
Je ne saurais le dire le temps que dura cet instant de grâce. Une seconde ou une année, qu'importe, je me fous du temps. Mais j'ai vu l'invisible, connu l'inconnu. Et je garderai ce trésor inestimable bien au fond de moi, là ou personne n'ira le voler.
Et je revivrai ce moment dans mon c½ur, à l'infini, encore et encore.
A tout jamais je chérirai ces fragments de perfection que j'ai arrachés à la réalité.